Brillante adaptation du roman classique de John Le Carré, "Tinker Tailor Soldier Spy" est un film complexe et fascinant qui tient en haleine jusqu'à la dernière image. Facilement un des meilleurs suspenses du présent millénaire.
Une taupe a infiltré les services secrets britanniques et c'est à l'ancien agent George Smiley (Gary Oldman) de la débusquer. S'il a des doutes sur les gens influents qui y travaillent, il doit trouver des preuves et des témoins pour pouvoir confirmer ses soupçons.
Il faut pratiquement concevoir ce long-métrage comme un casse-tête et appliquer à la lettre le premier dialogue qui se fait entendre: "ne faire confiance à personne". À partir de là, la paranoïa se décuple et le cinéphile est sans cesse à la recherche du "méchant". Il s'agit donc d'œuvre qui se veut souvent déroutante tant la trame narrative est parfois opaque et où les mensonges se succèdent au tournant. Avec son rythme lent, ses personnages verbeux et son manque total d'action, il est aisé d'être largué. Il faut pourtant s'accrocher devant cette chronique qui relate l'effritement des secrets. La distribution en place (en plus de Gary Oldman, on y retrouve Colin Firth, John Hurt, Toby Jones, Mark Strong et Tom Hardy) est parfaite, tout comme la réalisation extrêmement juste de Thomas Alfredson (remarqué avec son excellent Let the Right One In) qui se veut à la fois éclatante et très subtile.
La photographie qui s'apparente aux opus des années 1970 et la superbe direction artistique sont au service d'une image détaillée, mais peu éclatante, dont vient alimenter des couleurs justes, des teintes soignées et des contrastes volontairement imparfaits que vient parfois gruger le grain. La musique d'Alberto Iglesias est là pour amener encore plus de tension à l'atmosphère. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 embrasse délicatement les enceintes pour y faire ressentir des bruits de pluie, de train, d'avion et d'oiseaux. Les dialogues sont généralement compréhensibles et puisque les accents sont nombreux, il peut être légitime d'opter pour le plus que potable doublage francophone ou les très visibles sous-titres blancs.
La pochette sobre – à lire en détails, surtout les critiques de presse figurant au dos du boîtier - présente les personnages, les séparant de centaines de chiffres qui forment des codes. Le menu principal reprend cet esthétisme si particulier, en l'accompagnant d'un solide montage de scènes et d'une belle mélodie enveloppante. Les suppléments contiennent un peu plus de six minutes de séquences supprimées qui ne donnent pas réellement plus d'explications, un documentaire de 13 minutes qui présente rapidement l'histoire et les dilemmes moraux, ainsi qu'une piste de commentaires du cinéaste et de Gary Oldman. Bien que cette dernière soit très intéressante, ils ne vont parfois pas suffisamment en profondeur, préférant plutôt décrire ce qui apparaît sous leurs yeux.
Aux antipodes des James Bond, "Tinker Tailor Soldier Spy" est un exercice intellectuel de chaque instant, glacial et pratiquement dénué d'émotions, qui se suit avec passion comme un jeu d'échecs. Oui, les enjeux y sont compliqués, mais ce n'est pourtant rien en comparaison de la vieille série télévisée de la fin des années 1970 qui donnait pratiquement mal à la tête.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |